A l’occasion d’une émission de radio, le philosophe Raphaël Enthoven exprimait cette pensée qui a retenu toute mon attention, « il n’est pas nécessaire de nous opposer pour être quelqu’un ». A regret, cette phrase me ramenait à de nombreuses situations vécues ou qui me sont rapportées quasiment tous les jours en entreprise.

Sous prétexte de vouloir exister, nous nous confrontons régulièrement à des individus qui, sans justification rationnelle, s’opposent au bon sens. J’utilise intentionnellement le mot individu en lieu et place de « personne », car il s’agit bien d’individualité, de personnes isolées, mais qui tel un moustique dans une chambre la nuit, disposent d’un pouvoir de nuisance décuplé.

Cela est beaucoup plus grave qu’il n’y paraît. Aucun process, aucune organisation aussi performante soit-elle, ne résiste aux effets néfastes d’un mauvais état d’esprit. Il est urgent de faire prendre conscience aux managers et aux Directions des Ressources Humaines, que la transformation comportementale est une condition préalable à la performance opérationnelle et à l’implication des collaborateurs. Elle est tout aussi importante que la transformation dite digitale !

Tous les managers et chefs d’entreprise que j’interroge, constatent à regret chez certains de leurs collaborateurs un état d’esprit qui n’y est plus. Bien entendu, certaines réactions peuvent s’expliquer. Nous sortons d’une longue période de crise à la concurrence exacerbée et à l’avenir incertain. Certains salariés se sentent piégés dans des entreprises qui ne les ont pas aidés à maintenir leur employabilité. Ces situations créent de la frustration et de la résignation surtout quand elles perdurent.

 

Beaucoup d’énergie et beaucoup de moyens financiers sont utilisés pour transformer les entreprises. De quoi entendons nous parler ? De process, d’organisation, de compétences, mais insuffisamment de savoir être. Les politiques de formation des entreprises ne sont pas non plus adéquates. J’insiste sur le fait que certaines entreprises verraient leur performance et leur productivité faire un bond si leurs collaborateurs étaient plutôt formés au développement personnel. Rendez un collaborateur heureux, il vous le rendra au centuple !

Que faut-il faire en attendant ? En premier lieu, il faut rappeler aux collaborateurs que l’entreprise n’est pas une zone de conflit et qu’au contraire, elle devrait être une zone démilitarisée. Certains me traiteront de naïf, pourtant de plus en plus de voix s’élèvent pour reconnaître qu’il s’agit d’un préalable devenu une impérieuse nécessité pour continuer à travailler en entreprise.

J’ai conscience que l’immédiateté dans laquelle nous vivons désormais nous impose un rythme de travail effréné et des feuilles de route de projets irréalistes (et pourtant par magie elles sont validées en comité directeur…), mais nous devons insister pour réapprendre à respirer. Faire une pause, une heure, une demie journée, un jour, pour prendre de la hauteur, se parler, réapprendre à écouter sans juger l’autre, en un mot être bienveillant. 

Nous sous-estimons le nombre de problèmes que nous pouvons régler et les tensions que nous pouvons annihiler à l’occasion d’une pause dans ces folles journées qui s’enchaînent et au cours desquelles nos collaborateurs vont prendre le temps de se parler, de s’écouter, d’analyser les actions et les comportements des uns et des autres et d’imaginer demain, faire mieux et même peut être autrement… ensemble. 

 

Cela fait bientôt 20 ans que l’on me qualifie de facilitateur sur des projets en difficulté, auprès d’équipes qui n’arrivent plus à travailler ensemble, entre un client et un prestataire qui n’arrivent plus à se parler. Je ne fais rien d’extraordinaire pour apporter des solutions, il suffit d’aimer et de respecter l’autre, d’écouter et de prendre le temps de se comprendre sans animosité. De plus en plus de sociétés de conseil orientent leurs solutions vers ces aspects en complément des méthodes et processus habituels.

Rien n’est plus fort que le fait de rétablir le respect entre des personnes. Cela consiste à redonner de la valeur à chaque individu qui de fait a le sentiment d’exister sur un pied d’égalité avec l’autre. Ainsi, il ne devient plus nécessaire de s’opposer pour exister…

 

David Feldman
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